Les villes les plus protestantes de France

Publié le 15 décembre 2025 à 20:32

S'il est difficile de disposer de données précises et actualisées concernant le nombre de protestants par commune française (notamment en raison de l'absence de statistiques ethniques ou religieuses), on peut quand même s’appuyer sur l’histoire et l’empreinte culturelle du protestantisme dans certaines régions pour tenter d’établir une liste des villes les plus protestantes de France.

Villes protestantes et hasard de la vie

Se poser la question de savoir quelles sont les villes de France les plus « protestantes », c’est également s’intéresser à comment se façonne la répartition sociale et culturelle d’un pays. Ce n’est donc pas seulement une préoccupation religieuse, qui peut justifier de savoir quelle ville de France fut protestante plus qu’une autre, ou pourquoi telle ville ne l’est pas, après avoir été un bastion de la résistance réformiste.

Pour comprendre la présence, l’existence ou le développement du protestantisme en France, il faut commencer par s’intéresser à l'histoire de l’Église. Le premier indice fascinant que l’on peut identifier, c’est que l’Eglise catholique, à l’instar de n’importe quelle institution revendiquant une position hégémonique, fut remise en question très tôt dans son histoire. On peut citer l’exemple de Benoît de Nursie (né en 480) ou celui de Bernard de Clairvaux (né en 1090) qui menèrent, à l’endroit de l’Eglise catholique, des critiques objectives et des actions concrètes, l’obligeant à revoir certaines positions rétrogrades ou élitistes. Ces moines réformistes, qui souvent contribuaient à lutter contre certaines positions idéologiques contraires aux préceptes de l’Eglise catholique, étaient tolérés et même écoutés. Comme Bernard d’Aniane (du nom d’un village de l’Hérault), qui faisait partie des moines réformateurs les plus critiques, mais qui, dans le même temps, pouvait lutter aux côtés de l’Eglise contre le doptianisme (une ancienne doctrine à vocation humanisante affirmant que Jésus est devenu le fils de Dieu par adoption).

Même si les initiatives en faveur d’une réforme, par à-coups, du mode de fonctionnement de l’Eglise catholique ont toujours existé, celui qui a vraiment déclenché la vague d’une remise en cause en profondeur n’est autre Luther. En affichant ses thèses réformistes, le 31 octobre 1517, sur les portes de l'église de Wittenberg, il intrigue les représentants du pouvoir local et la population. Quatre ans plus tard, Luther est excommunié, mais il va profiter du soutien qu’il s’est constitué par la clairvoyance de son raisonnement. L’ancien catholique va profiter du développement de l’imprimerie pour diffuser ses thèses. Le Luthéranisme va répandre sa doctrine en Europe (la Suède, le Danemark, puis la France...).

En 1531, Luther se convertit, puis une première martyre protestante est identifiée La Rochelle. Les idées protestantes infusent et se propagent. Elles s’implantent là où les gens prennent le temps de lire, là où s’opposer à un seigneur, et donc à l’Eglise, est une question morale. Les territoires négligés par les catholiques, parce que pas assez riches, sont des futurs bastions protestants. La nature a horreur du vide et l’âme humaine n’aime pas rôder dans le néant de la pensée ou des idées. La personnalité des prêcheurs fait aussi la différence. Pertinents et proches des préoccupations des gens simples, ils participent à renforcer les rangs du protestantisme.

Si l'Église catholique cherche à endiguer la diffusion de cette religion qui s’oppose et proteste, jusqu’à procéder à une interprétation des plus restrictives de l'Edit de Nantes. Si certaines régions vont assister impuissantes à la disparition du protestantisme, d’autres vont résister peut-être parce qu’il n’est pas question que l’on leur enlève leur dernier rempart avant le désespoir : la liberté.

Dans les Cévennes, terre hostile et pauvre, les agissements de l’Eglise catholique vont provoquer la révolte des Camisards. Les pasteurs formés en Suisse vont rejoindre ces terre à défendre, ils iront prêcher dans le désert pour inciter les protestants à refuser tout baptême et tout mariage à l’église ; mais prêcher dans le désert ne permet pas de protéger des massacres ou des rafles en direction des galères.

Il faudra attendre la Révolution française pour que les protestants puissent vivre leur foi en toute liberté. Au XIXe siècle, des églises changent de main (l’ancien couvent des Ursulines devient un temple protestant en 1793).

« Et de nos jours », nous demanderez-vous ? De nos jours ? La résistance continue, même si elle est devenue pacifiste...

Le protestantisme a de l’avenir !

La rénovation et la modernisation du Petit Temple de Nîmes monopolise les énergies et 1,2 millions d’euros.

Ce lieu emblématique de la culture protestante datant du 18e siècle nécessitait une rénovation importante.

L’Eglise protestante unie de France a souhaité mener un projet plus ambitieux en faisant du Petit Temple un lieu moderne et confortable dédié à l’accueil d’évènements culturels, spirituels et artistiques.

Villes protestantes en 2025

C’est donc en raison d’un héritage historique fait de résistance et de volonté individuelle que les villes françaises qui peuvent revendiquer une forte proportion de protestants sont principalement situées dans deux grandes régions française :

  1. Le Sud-Est (Languedoc-Roussillon et maintenant Occitanie)
  2. Certaines départements du Sud-Ouest

Dans le détail, voici quelques villes et régions traditionnellement ou actuellement considérées comme les plus protestantes de France :

  • Nîmes (Gard) : proche des Cévennes et dotée de plusieurs lieux de cultes protestants en activité (Grand temple, l’Oratoire, le Petit Temple...), la ville de Nîmes est à juste titre considérée comme la capitale historique du protestantisme en France. 

  • Alès et les Cévennes (Gard/Lozère) : La communauté protestante gardoise est très active des Cévennes (Alès, Mialet et son musée du désert) jusqu’aux abords de la Méditerranée (Aigues-Mortes). Le tourisme local profite de cette enclave protestante, ce qui permet de séduire de nouveaux fidèles régulièrement.
  • Montauban (Tarn-et-Garonne) : Historiquement, Montauban est une ville importante du protestantisme et le siège d'une académie protestante reconnue.-

  • La Rochelle (Charente-Maritime) : Si La Rochelle était la plus grande place forte protestante française (le siège de 1627/1628 ayant contribué à cette reconnaissance), de nos jours, la proportion de protestants est faible.

  • Mont de Marsan et sa région (Landes) : La présence protestante est notable, active, mais éclipsée par d'autres régions.

  • Strasbourg (Bas-Rhin) : La Réforme luthérienne a fait de Strasbourg et de l'Alsace une place forte du protestantisme (à la fois luthérienne et réformée).

  • Mulhouse (Haut-Rhin) : Mulhouse était une ville-république protestante alliée à la Suisse et elle profite encore de nos jours de cette histoire au profit d’une présence protestante significative

Je soutiens la rénovation du Petit Temple !

Au cœur du projet Carré protestant : l’investissement (1,5 millions d’euros) consacré à la rénovation du Petit Temple. Situé dans l’ancienne église du couvent des Ursulines, sa construction débute en 1714 et s’achève en 1718. Aujourd'hui, nous souhaitons en faire un lieu moderne, accueillant et confortable.

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